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Campitello guide de la Costiera

Natura 2000 au Tenda et à Stella : ce que le classement interdit

Le site FR9400598 couvre 3 055,76 hectares sur huit communes. L'arrêté qui le désigne tient en trois articles et n'interdit rien : ce qu'il protège vraiment, qui le fait vivre, et ce que ça change en marchant.

Publié le 22 octobre 2026 9 min de lecture
Superficie
3 055,76 ha

Relevé le 11 septembre 2026

Crête schisteuse couverte de landes basses, quelques arbres isolés, vallée en contrebas
Sur cette page

Le classement Natura 2000 n’interdit rien à celui qui marche sur le Tenda ou dans la forêt de Stella. L’arrêté du 17 mars 2008 qui désigne le site FR9400598 tient en trois articles : le premier délimite un périmètre sur trois cartes, le deuxième renvoie à une liste d’habitats placée en annexe, le troisième charge un directeur d’administration centrale de le publier. Pas une de ses phrases n’interdit quoi que ce soit à qui que ce soit.

Ce qu’il installe est ailleurs. Une obligation qui pèse sur l’État plutôt que sur les visiteurs, un document d’objectifs, un animateur rémunéré pour mener quelques chantiers par an, et un filtre qui se déclenche sur les projets et les manifestations organisées. Le promeneur, lui, n’en croise que les panneaux.

3 055,76 hale site FR9400598, en deux morceaux sans contact

17 mars 2008l'arrêté de désignation, trois articles

39 %la part du secteur Stella qui porte un habitat protégé

0interdiction créée par le classement lui-même

L’arrêté de 2008 tient en trois articles et n’interdit rien

Le site est né de la directive 92/43/CEE du 21 mai 1992, dite directive Habitats. La France l’a proposé le 31 décembre 1998, la Commission européenne l’a confirmé comme site d’importance communautaire le 19 juillet 2006, et l’arrêté de désignation en zone spéciale de conservation est paru au Journal officiel du 5 avril 2008. Près de dix ans entre la proposition et la signature, pendant lesquels le site figurait déjà au réseau.

La différence avec une réserve naturelle se lit dans l’acte lui-même. L’arrêté qui crée une réserve porte des prescriptions : ce qui y est interdit, ce qui y est soumis à autorisation, qui surveille. L’arrêté qui désigne une zone spéciale de conservation porte un périmètre et une liste d’espèces. La police, quand il y en a une, vient d’ailleurs et souvent d’avant. Sur le secteur Stella, la réserve de chasse communale de Rutali interdit strictement tout acte de chasse sur une trentaine de parcelles ; elle a été approuvée par arrêté préfectoral le 23 avril 1982, vingt-six ans avant le classement, qui n’y est pour rien.

Ne pas confondre

Une zone spéciale de conservation n'est pas une réserve naturelle. Le classement ne crée ni interdiction d'accès, ni période de fermeture, ni garde assermenté. Ce qui ferme un massif en Haute-Corse relève des arrêtés préfectoraux d'accès aux massifs forestiers, et ceux-ci ne nomment ni le Tenda ni Stella.

Ce qui est protégé tient sur 39 % du périmètre

Le périmètre est un contenant. À l’intérieur, un inventaire trie : ce qui relève de la directive, et le reste, qui est la plus grande part.

L’inventaire du secteur Stella a été refait en 2018, sur 46 relevés de végétation, et le rapport est sorti en 2019. Sur les 978,36 hectares étudiés, 379,50 portent un habitat d’intérêt communautaire, soit 39 %. Les 597,22 hectares restants, 61 % du secteur, ne relèvent d’aucun statut Natura 2000. La surface des habitats prioritaires, ceux que la directive place au-dessus des autres, se compte en unités : 1,54 hectare.

Secteur Stella cartographié en 2018 978,36

dont habitats d'intérêt communautaire 379,50

dont habitats prioritaires 1,54

Surfaces en hectares, établies sur 46 relevés de végétation. Le reste du périmètre, 597,22 ha, ne porte aucun habitat visé par la directive.

Huit habitats d’intérêt communautaire ont été cartographiés sur ce secteur, dont deux prioritaires : les peuplements d’ifs à aspérule odorante et les communautés des sources carbonatées. Les six autres sont les yeuseraies à houx, les yeuseraies à gaillet scabre, les aulnaies à aulne à feuilles cordées, les châtaigneraies de Corse, la fruticée supraméditerranéenne et les falaises siliceuses thermophiles.

Sur l’ensemble du site, le formulaire transmis à Bruxelles note chaque habitat de A à D. Un seul décroche un A en représentativité : les forêts à houx, 113,9 hectares. C’est ce que le classement est venu chercher. Les bois d’if, eux, tiennent sur 1,47 hectare. Trois espèces animales de l’annexe II complètent la liste : le porte-queue de Corse et les deux discoglosses, le sarde et le corse.

Un comité qui ne remplit plus une salle

La structure porteuse est l’État, par sa direction départementale des territoires et de la mer. Le comité de pilotage est présidé par le sous-préfet de Corte. Les deux documents d’objectifs, tous deux datés de 2015, ont été écrits par le Conservatoire d’espaces naturels de Corse pour la partie Tenda et par le bureau d’études ENDEMYS pour la partie Stella. L’animation est confiée à BIOTOPE.

Le 17 décembre 2019, les comités de pilotage des quatre sites Natura 2000 du Nebbiu ont été convoqués ensemble, un seul matin, dans les locaux de la direction départementale à Bastia. Le regroupement a été décidé après la faible mobilisation des acteurs locaux aux réunions précédentes. Pour le Tenda et Stella, aucune des neuf communes invitées n’avait envoyé de représentant. Ni le sous-préfet, ni la direction régionale de l’environnement.

Ce que l’animation a produit entre 2017 et 2021 se raconte vite. Trois panneaux d’information posés en 2017, un à Lento, un à Pietralba, un à Rutali. Un bulletin distribué dans les boîtes aux lettres des villages. Un inventaire des amphibiens et des reptiles, qui a trouvé sur Stella six des sept espèces d’amphibiens connues en Corse et cinq des douze espèces de reptiles terrestres. La cartographie de 2018. Une campagne d’arrachage du buddleia de David sur 1 650 mètres carrés, facturée 1 680 euros en 2020 et payée par l’État. Un projet de clôture pour protéger la dernière station de lys martagon connue en Corse, sur le versant du Tenda, abandonné en 2019 : la visite de terrain avait montré que les bêtes avaient déjà tout brouté. L’année 2021 s’est passée sans animateur.

Ce que Natura 2000 demande, et à qui

Pour un propriétaire, un éleveur ou un exploitant forestier, le classement ouvre deux portes. On les franchit si on veut, et la plupart ne les franchissent pas.

QuiCe que le classement lui impose
Un marcheur, un ramasseur de champignonsrien que le classement ait créé
Celui qui coupe du houx pour le revendreune interdiction, que le classement n’a pas créée et qui vaut partout
Un propriétaire, un éleveur, un forestierrien tant qu’il ne signe pas la charte ou un contrat
Un organisateur de course ou de manifestationune évaluation des incidences avant l’autorisation
Un porteur de projet : piste, desserte, aménagementla même évaluation, et elle peut faire échouer le projet

La charte Natura 2000 est une liste d’engagements qu’on signe pour cinq ans, renouvelables. Ils ne sont pas rémunérés, parce qu’ils ne coûtent rien de plus que la gestion ordinaire, et ils sont contrôlables. Les engagements généraux tiennent en huit lignes : ne pas dégrader les habitats, laisser accéder aux parcelles pour les suivis, ne pas circuler en véhicule à moteur hors des voies ouvertes, ne pas introduire d’espèce envahissante, ne pas déposer de déchets, respecter la signalétique. En forêt, les engagements deviennent chiffrés : conserver au minimum 4 arbres à cavités par hectare, 1 à 2 arbres sénescents, au moins 5 arbres morts sur pied.

En face, les contreparties sont fiscales et administratives. L’adhésion ouvre certaines aides publiques et l’exonération du régime Monichon dans le domaine forestier, et surtout elle dispense d’évaluation des incidences l’activité qu’elle couvre. Le contrôle se fait sur préavis de quarante-huit heures ; un refus ou un manquement entraîne la résiliation de l’adhésion pour un an.

Le contrat Natura 2000 va plus loin : il finance des travaux. Un seul a été passé sur le site, avec l’Office national des forêts, entre 2004 et 2009. Il a payé les clôtures, les layons et les passages à chasseurs des enclos posés dans la forêt territoriale pour que houx et ifs repartent hors d’atteinte des troupeaux.

Le seul endroit où Natura 2000 mord vraiment

L’article L. 414-4 du code de l’environnement soumet à évaluation des incidences trois familles de choses, et uniquement elles : les documents de planification, les projets d’aménagement ou de travaux, les manifestations et les interventions dans le milieu naturel. Un marcheur n’entre dans aucune des trois. Un tracé de sentier, si.

En 2006, avant qu’un itinéraire de crête ne soit ouvert sur le Tenda, le projet de sentier Nebbiu-Custera a fait l’objet d’une étude d’incidence environnementale pour la partie faune, et d’un rapport distinct de seize pages signé Jacques Gamisans sur l’impact du tracé prévu sur la flore et la végétation des crêtes. Deux expertises avant la première marque de peinture, pour un sentier de randonnée.

Le document d’objectifs recense, sur la seule partie Tenda, 17 700 mètres de sentiers et 2 760 mètres de routes et pistes, les uns comme les autres en mauvais état. Il prévoit en sens inverse la création d’un sentier depuis la chapelle San Cervone et deux panneaux aux entrées du site, classés en priorité 2.

Les manifestations, elles, sont suivies de près. Deux courses à pied traversent le secteur Stella, le trail « di a Memoria » en juin et « A Burghisgiana » en août. Le 17 mai 2018, l’animatrice a retrouvé sur le site de la rubalise et du scotch de couleur laissés après le passage, dont un amas caché sous un rocher. L’édition suivante a nettoyé derrière elle.

Deux textes, deux périmètres, une commune de trop

L’article 1er de l’arrêté de 2008 énumère huit communes : Borgo, Campitello, Lento, Murato, Piedicroce, Rutali, Scolca, Vignale. Piedicroce est en Castagniccia, à une trentaine de kilomètres au sud, de l’autre côté de la vallée du Golo, et ne touche le massif du Tenda en aucun point. La commune qui manque est Pietralba, qui porte 10 % du secteur Tenda. Les deux documents d’objectifs travaillent sur Pietralba ; le formulaire transmis à la Commission européenne, lui, recopie l’erreur de l’arrêté, code INSEE à l’appui.

Les surfaces ne se recoupent pas non plus. Le volume Stella donne 3 055,76 hectares au total, 2 080,15 pour le Tenda et 975,61 pour Stella. Le volume Tenda, écrit la même année, annonce 3 064,5 hectares et 2 086,1 pour sa partie. La cartographie de 2018 a travaillé sur 978,36 hectares. Neuf hectares séparent les deux totaux. La raison est celle qui vaut déjà pour la forêt territoriale : on ne mesure pas sur le même support.

La Costiera touche le site en deux endroits, et de peu. Campitello y met 10 hectares 11 ares 63 centiares, à l’extrémité ouest de la forêt de Stella. Bigorno y met 20 ares, côté Tenda. Canavaggia en compte 3,7 hectares, Piève 1,4, Sorio un demi-hectare. Lento porte à elle seule 90 % du secteur Tenda.

Reste une décision prise au comité de pilotage de 2019 et toujours en attente : séparer les deux entités en deux zones spéciales de conservation distinctes. Le dossier est parti à la direction régionale de l’environnement, et rien n’avait bougé en juillet 2021. Sur le terrain, le site continue de se signaler par trois panneaux, à Lento, à Pietralba et à Rutali. Aucun du côté de Campitello.

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